"SI TOUS LES CONS VOLAIENT......

Publié le par l'hôtesse de l'air

Vous êtes invités à dîner chez un couple d'amis que vous adorez, mais fidèles à leurs habitudes, ils recommencent à laver leur linge sale en public, et vous sentez bien que la situation peut dégénérer. Discrètement, vous vous éclipsez et laissez vos amis s'écharper dans l'intimité car vous ne voulez pas risquer un mauvais coup , ou pire vous retrouver à 2 contre 1 si vous tentez de prendre parti.

Mais, là ou c'est plus difficile, c'est quand deux parfaits inconnus se mettent à s'envoyer leurs quatre vérités aux visages sur votre lieu de travail ou qu'un mari un peu aviné décide de prendre la tête de sa femme pour un puching ball. Non seulement vous ne pouvez pas vous éclipsez discrètement, mais en plus il est de "votre devoir d'intervenir".

De belles phrases pour pas grand chose car vous votre devoir vous vous voyez bien le faire en entrainant le mari dans le galley et en lui expliquant, grace à deux mandales bien placées envoyées par les stew, qu'on ne frappe pas une femme.

Mais votre employeur lui ne voit pas la chose du même oeil. Et tel un équilibriste, vous devez intervenir avec beaucoup d'adresse dans ce genre de situation car vous risquez d'être le plus souvent celle qui se mêle de ce qui ne la regarde pas et qui fait preuve d'indiscrétion malsaine.

Il y a quelques années, je me suis retrouvé face à cette situation sur un de mes vols.

Je remplaçais le steward de garde à l'arrière et assise sur le siège de structure à proximité de la porte, je feuilletais une revue bien connue des intellectuelles de comptoir, le dernier Voici .

Le seul couple présent à l'arrière à ce moment commençait sérieusement à attirer mon attention et je dois avouer que j'avais un peu les boules car je pensais pouvoir profiter de ces 15 petites mn qu'allait durer  l'absence du steward pour feuilleter tranquillement le magazine prêté par une passagère compatissante.

Les deux passagers étaient appuyés contre la porte en face. L'homme était de dos.

Pas plus d'1m65, jeans, tee shirt moulant de keke, les bras couverts de tatouages, un énorme zyrcon à son oreille gauche. J'étais prête à parier qu'il était passionné de tunning. La femme, petite blonde menu mais quand même bimbo était à moitié dissimulée par son mari et je n'arrivais pas à voir son visage.

Ils essayaient d'être discret, mais je sentais bien que ça chauffait entre eux.

Aux variations d'intonations dans la voix du mari je devinais qu'il n'avait pas sucé que des glaçons. Je le surveillais du coin de l'oeil tout en faisant mine de m'intéresser à la dernière analyse sur la vie intime des stars quand un grand claquement suivie d'un couinement me fis tourner la tête vers eux.

Le keke venait de marquer l'empreinte de sa main sur la joue de la bimbo. Je bondis vers le couple. Je n'avais pas vu le geste, mais tout y était. Le bruit, la joue de la femme qui prenait des reflets écarlates, les éclairs de haine mêlés à la peur qu'elle avait dans les yeux en le regardant.

       - Ça va madame?

       - Oui oui ça va (d'une voix un peu étranglée quand même)

       - Mais enfin monsieur qu'est ce qui vous prend, vous perdez tout contrôle?

       - Non mais c'est juste une petite querelle d'amoureux

Non mais je rêve, il vient presque de lui arracher la tête, mais querelle d'amoureux!

"Si tous les cons volaient, celui là serait chef d'escadrille"

       - Venez madame, je vais vous donner une vessie de glace. Vous avez la joue qui enfle.

       - Non mais on vous dit que ça va! il ne m'a pas giflé.

puis à son mari

       - Je retourne à mon siège!

Là il ne manquait plus que ça je suis face à un cas de "dépendance à son boureau" et je ne suis pas prête à revêtir mon uniforme de psy ce soir.

Me sentant en confiance grâce au stew qui, revenu de son tour, ne perds pas une miette de la scène, je retiens le mari.

       - Vous l'avez frappé, même si elle affirme le contraire, je vous ai vu. Si vous la touchez encore une fois dans cet avion, Je vous garantit que vous passerez un sale quart d'heure et tout l'équipage sera là pour témoigner au flic à l'arrivée comment votre consommation excessive d'alcool et votre violence les a obligés à vous maîtriser dans le galley.  Ce qui sera suffisant pour que la police vous garde un peu  et contribuera a gacher le début de vos vacances.

Tout ça n'était bien sur que du blabla, mais je voulais que impressionné par le grand steward de 1m80 planté à mes côtés, le passager imagine que si il touchait encore un seul cheveu de sa femme, l'équipage lui réserverait un sort identique à celui que réservait la famille Coléonne à ses ennemis.

Je savais que j'avais affaire au genre de petit roquet qui ne s'attaque qu'à plus faible que lui et le steward qui avait déjà compris toute la scène en rajoutait en le regardant fixement et méchamment, l'air de dire:

"Tu bronches, j't'éclate".

J'étais certaine qu'il  se tiendrait tranquille pendant tout le reste du vol.

Pour ce qui est du soir elle serait seule face à lui et l'alcool local ne pardonnait pas.

Comme dit un proverbe créole

"Sé couteau sèl ki sav sa ki ni en kè a jiromon"(seul le couteau sait ce qu'il y a dans le coeur d'un potiron)

Ce qu'on pourrait traduire par

"On est seul à connaître ses propres peines."

      


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