ANNI HORRIBILI
Les 12 mois qui viennent de s'écouler furent assez éprouvants pour le transport aérien. Entre nuage de cendres, neiges, soulèvements populaires, tremblements de terre, tsunami, menaces nucléaires, et les éternels travaux et dysfonctionnement du RER B, désormais la vie aérienne s'organise aussi au jour le jour.
Plannings qui changent constamment, vols annulés, passagers irascibles, hôtels et aéroports pris d'assaut. Les gens en première ligne ont vécu des moments difficiles.
Je n'ai pas eu à souffrir des caprices de la nature et des évenements qui ont perturbé le ciel ces derniers mois. J'ai eu de la chance, beaucoup de chance. Ce ne fut pas le cas de beaucoup de mes collègues.
Pendant qu'en avril 2010 Eyjafjöll crachait ses cendres, j'étais bloquée à Mexico. Franchement, il y a pire. Mexico est une ville certes polluée, mais qui possède un immense et merveilleux musée d'anthropologie situé au coeur d'un magnifique parc le"bosque de Chapultepec". Entre le musée, les fouilles archéologiques du quartier historique, le museo estudio Diego Rivera(rien que pour le plaisir de boire un thé dans le patio), les manifestations culturelles qui sont légion et les soirées bingo du soir, je n'ai pas vu passer ces 9 jours d'escale forcée. De nombreux membres d'équipages étaient coincés à l'hôtel. Tout comme un groupe d'artistes handicapés peignant avec leur bouche ou leurs pieds avec qui nous avons pu partager soirées mojitos et rires en attendant qu'un volcan se décide à ne plus être le centre du monde. Bien sur, il y a eu des pleurs. Il y a toujours une hôtesse qui pleure, parce ce que ce n'était pas prévu, parce qu'elle était partie pour 5 jours, parce qu'elle a un nouveau né dont personne ne s'occupe mieux qu'elle. Vous aurez beau lui susurrer du Daniel Guichard à chaque fois que vous croiserez son ombre dans les couloirs de l'hôtel, elle continuera à pleurer et préférera cacher sa peine dans chambre.
Je garde de cette semaine un souvenir inoubliable. Les mois qui ont suivi, je suis passée à travers les gouttes et n'ai pas eu à subir directement les autres évènements. Et pourtant, ces 12 mois qui viennent de s'écouler furent assez éprouvants pour moi aussi.
Ayant changé de secteur de vol pour découvrir les charmes cachés de l'Asie, j'ai fait partie des rares privilégiés à qui le gouvernement chinois a délivré un visa valable un an. La valse des vols vers la Chine a commencé. J'ai été programmé plus d'une vingtaine de fois sur Pékin, Shanghai ou Canton sans parler des autres vols du secteur, Narita, Singapour, Honk Kong, Bombay, Delhi, Séoul et des vols vers l'ouest, moins nombreux, mais suffisants pour boucher les éventuels trous que vous pourriez avoir dans votre planning.
je n'ai malheureusement pas eu le temps de découvrir quoique que ce soit sur l'Asie, j'ai découvert autre chose. Je ne supportais absolument pas les décalages horaires vers l'Est alors que mes vols successifs m'y conduisaient. J'avais bien le souvenir de nuits blanches à Tokyo, mais c'était il y a longtemps et celles ci avaient souvent été l'occasion de fous rires et de karaoké géant. Je n'avais simplement pas le souvenir récent de nuits blanches interminables à regarder les heures s'écouler avant que le téléphone ne sonne pour le cruel "This is your wake up time.".
Je ne compte plus les nuits passées où fatiguée de lire, je zappais entre les programmes de TV5uicide, le film de HBO vu 2 mois avant ou un pathétique dvd "valentine's day" acheté 2€50 chez "the butcher", avant d'enfiler mon habit de lumière et de partir distribuer mes meilleurs sourires, ivre de fatigue, car bien sur la sonnerie du téléphone avait retenti juste au moment ou Morphée m'enveloppait.
Je suis une bonne dormeuse, je ne suis pas une grosse dormeuse, mais j'ai quand même besoin d'un minimum(voire un peu plus). Alors que mes insomnies en Asie prenaient le dessus, je ne récupérais pas plus de ma fatigue en Europe. De retour à la maison, le pic de forme du décalage horaire vers l'Est vous fait avancer votre ménage en retard au petit matin et le coup de barre de 17 heures vous laisse épuisée jusqu'à l'heure du coucher.
Je passais mes journées à me traîner, dormir devenait une obsession. Je supportais de moins en moins la longueur des vols, le fait que de ce côté du monde, les vols soient plus longs au retour qu'à l'aller me rendait malade. Je n'avais plus goût à rien, l'Asie me rendait malade. Angine, bronchite, cystite étaient devenues mes meilleures amies.
Je garde quand même deux très bons souvenirs de Shanghaï: l'Exposition Universelle qui m'a enchantée et impressionnée, et la visite chez le médecin en urgence un dimanche matin au Parkway Health Medical centers. Ma fidèle copine hôtesse et des soins efficaces m'ont empêché de rester coincée sur place.
Au bout de quelques mois de descente aux enfers, j'ai compris que ce régime de vol n'était pas fait pour moi et j'ai jeté l'éponge. Aujourd'hui tout est rentré dans l'ordre et je suis désormais sur un secteur plus adapté à mon rythme biologique.
Je ne suis pas exempte de vols vers l'Asie pour autant(sauf la Chine qui nécessite un visa), je serai malheureuse de ne pas pouvoir retourner au Japon que j'adore.
Mais mes nuits sont redevenues aussi belles que mes jours.
A bientôt